« Ce que j’aime dans la mode c’est le toucher,

c’est le textile, ce sont tous les métiers qui se lient à cela. »

Clivia Nobili

Pour la 4ème année consécutive, et en partenariat avec Lille 3000 et la Ville de Lille, l’association Maisons de Mode a organisé les 48h Maison de Mode en octobre dernier, à la gare Saint-Sauveur, où nous avons eu le privilège de voir les collections de ses créateurs lors des défilés. L’association se donne pour mission de développer la création textile dans la région en offrant des services et des lieux dédiés aux jeunes talents. Clivia Nobili,  créatrice labélisée par Maisons de Mode, nous a offert un défilé énigmatique qui prend sa source à partir de l’histoire du vêtement de travail, sa principale inspiration. J’ai eu la chance de rencontrer cette femme au moral d’acier et à qui le travail ne fait pas peur.

 

Clivia Nobili interview (4)

 

Tout d’abord, qui êtes vous Clivia Nobili ?

Je suis Clivia Nobili, j’ai 39 ans, voilà maintenant 5 ans que j’ai monté  ma marque. J’ai bossé pendant 20 ans dans divers métiers autour de la mode avant de définir quelle pouvait être ma place dans ce milieu et qu’est-ce que je pouvais faire.

Êtes-vous originaire de Lille ?

Pas du tout ! Je suis parisienne mais j’ai grandi dans le sud de la France à Bagneux en Provence où j’ai passé 17 ans de ma vie. Je suis finalement plus du sud que de Paris. Je suis arrivée à Lille il y a trois ans.

Pourquoi avoir choisi Lille ?

C’était un choix car on ne déménage pas à l’âge que j’ai, avec deux enfants, un mari, un chien  et un chat, comme ça ! On avait envie de bouger. Le nord est très accueillant. Je n’ai pas vu le film Bienvenue chez les Ch’tis mais je comprends la réputation du Nord.  Les gens sont très chaleureux mais ce n’est pas superficiel, il y fait bon vivre ainsi qu’élever ses enfants car il y a un dynamisme assez intéressant avec Bruxelles et Londres pas loin. Ce que je trouve intéressant c’est qu’on est aussi proche de Paris sans avoir les désavantages de la vie parisienne, on a ses avantages. J’approche aussi d’un âge où il était important pour moi d’être en adéquation avec mes convictions éthiques et politiques pour bien élever mes enfants. Je trouve qu’ici c’est parfait. Il y a tous les avantages culturels, économiques, etc…

Bien sur si on pouvait échanger le temps … de temps en temps, la sudiste que je suis est en mal de soleil et cela joue sur mon moral même si j’ai prétendu que non il y a trois ans, j’avoue qu’à certains moments c’est compliqué.

 Pourquoi Lille mais pas Paris, ville très active dans le domaine de la mode ?

Paris… (Elle hésite).  Paris j’y ai travaillé pendant 4 ans, à un âge où c’était très bien car je suis arrivée là bas à 17 ans et repartie à 22 ans. J’ai travaillé pour un grand couturier mais aussi pour des marques un peu moins importantes au début des années 1990 donc ce n’étais pas la même chose en terme de textile donc j’ai appris de belles choses, j’ai rencontré de chouettes personnes mais je pense que c’est compliqué d’y vivre après et de trouver sa place.

Quels sont les avantages d’être labélisée par Maison de Mode ?

C’est la seule association qui aide des jeunes marques à se développer dans le textile, on nous propose un accompagnement financier sur certains points, un suivi en atelier de création qui vous permet de développer si  vous avez envie quelque chose,  un soutien moral aussi, une presse certes régionale et politique mais elle est là, et des rencontres avec d’autres gens donc c’est quand même hyper important. Ils ont eu un regard super positif sur ma création au moment où j’en avais le plus besoin.

Qu’en est-il de la diffusion nationale ?

J’ai plusieurs points de vente avec l’idée de se développer même si c’est compliqué à l’heure actuelle.  Il faut que je trouve plusieurs points de vente. En ce moment nous sommes dans la loi du plus fort donc les petits créateurs ont du mal à sortir la tête de l’eau. Je vois ce développement par l’export. Malheureusement le développement passe aussi par la presse, il faut de la communication et c’est le plus compliqué.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la mode votre métier ?

Elle réfléchit. En fait, je crois que ça m’a sauvé.  Je m’y suis accroché. J’ai une passion pour le vêtement qui est apparue très jeune sans rêver de dessiner des petites robes avec des pois…  Je crois que ce que j’aime dans la mode c’est le toucher, c’est le textile, ce sont tous les métiers qui se lient à cela. J’ai aussi eu la chance d’avoir des parents qui étaient très branchés fripes, de la belle fripe des années 1980-1990, de la fripe américaine. 

J’ai une vraie passion pour ça. Pourtant je me suis mis la pression pendant longtemps car je pensais que c’était inné (on est con quand on est jeune parfois), je pensais que les grands de la couture savaient coudre lorsqu’ils naissaient. Mais j’ai appris très tardivement que tout s’apprend.

Ca m’a sauvé car au moment où j’ai décidé de quitter l’école, ce qui est un choix particulier quand on a 17 ans, c’est aussi grâce à un ami à mon père qui m’a aussi fait comprendre qu’on pouvait apprendre sur le tas. Apprendre sur le tas demande une discipline d’acier parce que c’est compliqué surtout de savoir que si je n’assurais pas il y en avait 15 qui attendaient derrière. Quand on fait des études, on a une culture générale qui est acquise par ce qu’on est à l’école. Mais lorsqu’on est dans le monde du travail, on a le double travail de s’éduquer.  En sortant de l’école je me suis raccrochée à ça, j’avais un fil conducteur, c'est-à-dire  le mot « vêtement ». Le mot « vêtement » m’a conduit à faire plein de métiers différents dans la  mode.

 Pourquoi la création ?

J’ai mis du temps à savoir que ça serait la création. J’ai essayé plein de jobs différents et tous sont très passionnants. J’ai été assistante d’attaché de presse, j’ai aussi travaillé pour un service de presse pour un grand japonais, j’ai aussi fait du stylisme photo pour les magazines. Ensuite j’ai commencé à apprendre le dessin, à ce moment là j’ai également fait de la vente et de la fabrication. Grâce à cela je me suis retrouvé assistante ou habilleuse pour des films.  J’ai même fait de la blanchisserie ce qui m’a amené à travailler dans le cinéma car je savais bien repasser les chemises.  Le premier déclic quand on m’a dit habilleuse c’est qu’il y avait le mot « vêtement », c'est-à-dire chercher, construire des personnages, tout comme la blanchisserie qui m’a amené à être assistante costumière et habilleuse pour Sous le soleil. Je me suis retrouvée à Saint-Tropez dans un atelier avec 400m² de costumes. J’ai aussi eu des métiers car je savais monter un vêtement. Je ne dis pas que le vêtement n’a plus de secret car j’espère qu’il en aura encore plein.

Quelles sont vos sources d’inspirations ?

Moi c’est le vêtement de travail. Ce sont les histoires autour du vêtement de travail, la fonctionnalité et ce coté à la fois chic et décontracté.

Comment définiriez-vous la mode ?

La mode. Ben ça fait rêver non ? Je n’ai pas l’impression de faire de la mode et je n’ai pas forcément envie d’être à la mode. J’aime trop le vêtement pour être à la mode, j’aimerais bien créer des choses qui soient de bonne qualité et qui restent là longtemps. Le coté éphémère m’ennuie même s’il en faut un peu. Je trouve que c’est intéressant de travailler les sujets, les thèmes, etc. Généralement ce qui est à la mode se démode et finalement cela ne m’intéresse pas trop.

Quelles sont les valeurs essentielles pour réussir ?

J’aimerais dire l’honnêteté mais on est dans un monde où il n’y en a pas beaucoup. On parle du Made in France par exemple, à l’heure actuelle je trouve ça très compliqué de faire du Made in France parce qu’au final ni les boutiques ni les acheteurs finaux sont prêts à acheter moins mais mieux. Nous sommes soumis à la loi du marketing et le marketing peut parfois être du mensonge. Il est parfois compliqué de rester honnête quand on voit qu’il y a peu de personnes sensibles à cette honnêteté.

Quel est ou quels sont les meilleurs conseils qu’on vous ait donné ?

On m’en donne tous les jours. Je ne pourrais pas en donner qu’un, car un conseil agit sur une seule question qu’on se pose sur quelque chose de précis. Mais il n’y a pas que des conseils, il y a aussi du réconfort.

Quel est ou quels sont les meilleurs conseils que vous pourriez donner ?

Ce ne serait un conseil sur la façon de faire parce que je crois qu’il n’y a pas qu’une seule façon de faire qui marche. La mienne, elle m’est propre, à moi, à ma personnalité et aux choses qui me sont arrivé. Et même si quelqu’un voudrait refaire la même, ce ne serait pas la même chose car ce n’est pas la même personne. En revanche, la seule chose que j’ai à dire c’est que si on croit en quelque chose il faut y croire jusqu’au bout car pour moi ça a payé, mine de rien je l’ai monté ma marque ! Même si demain elle ferme parce que ce sont les aléas de la vie, j’ai tout de même réussit à réaliser mon rêve. Alors je dirais rêvez, rêvez et rêvez et faites en sorte de réaliser vos rêves. Il ne faut pas rêver en parlant, il faut rêver en action.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Pour l’instant je ne le vois pas. Si ça doit se faire ça se fera, c’est ça pour moi l’avenir.

Si vous deviez vous définir en une phrase, laquelle serait-elle ?

Tenace mais ce n’est qu’un mot. Il y a aussi un proverbe yougoslave que j’aime bien « Pendant que les sages cherchent le pont, les fous traversent la rivière. »

 

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